À propos

Préface


Les fondations jouissent d’une longue tradition en matière de changement social. Ces organismes sont d’ailleurs bien placés — soit à l’extérieur des contraintes organisationnelles réservées aux institutions gouvernementales et privées — pour faire face aux enjeux les plus pressants de notre société. Quoique la vaste majorité des actifs détenus par les fondations soient investis dans des produits financiers traditionnels (qui ne tiennent pas nécessairement compte du bien-être collectif), bon nombre de fondations favorisent tout de même les changements sociaux positifs par le biais de subventions et d’investissements liés aux programmes.

Les fondations cherchent à investir de plus en plus de leurs fonds de dotation, et ce, en vue d’obtenir un rendement financier et d’optimiser leur impact social et environnemental. Parallèlement, il y a un nombre croissant d’organismes qui génèrent exactement ce genre de résultats, en employant une démarche holistique (ce guide fournit d’ailleurs de bons exemples). Dans cet ordre d’idées, l’investissement d’impact fournit du capital à divers organismes, entreprises et fonds dans le but d’entraîner des retombées sociales et environnementales positives, tout en assurant des bénéfices financiers.

Ainsi, les fondations se sont positionnées comme chefs de file naturels dans le domaine de l’investissement d’impact, tant au Canada qu’à l’échelle internationale, grâce au fait qu’elles constituent un atout important et même transformateur dans le milieu de l’octroi de subventions. Dotées d’une histoire riche en investissements — avec entre 3 % et 5 % de la totalité de ses actifs mis de côté pour l’aide financière —, les fondations détiennent un potentiel unique. Elles peuvent aller jusqu’à multiplier par vingt les ressources existantes liées à la mission. Selon certains experts, les investissements d’impact représentent bien plus qu’une belle occasion; ils symbolisent un impératif moral pour le secteur.

Jadis une industrie naissante, le domaine de l’investissement d’impact a beaucoup évolué ces dernières années et retient de plus en plus l’attention de la communauté philanthropique au Canada. Le comité de réflexion Canadian Taskforce on Social Finance a notamment fixé un objectif financier pour les fondations canadiennes : elles devraient investir au moins 10 % de leurs capitaux dans des projets liés à une mission d’ici l’année 2020. Ce genre d’initiative pourrait faire en sorte que quelque 7 milliards de dollars en actifs viennent amplifier l’impact des fondations.   

Alors que des douzaines de fondations canadiennes (de tous les genres et de toutes les tailles) se sont lancées en investissement d’impact, on y dédie maintenant davantage de temps et de ressources, que ce soit pendant des colloques ou des réunions de conseils d’administration. Toutefois, bon nombre de directeurs et d’administrateurs ont connu des difficultés, réelles ou perçues, qui auraient pu facilement être évitées avec l’aide d’un guide pratique et d’un système de soutien comprenant les recommandations d’experts et de pairs œuvrant dans le milieu.

Ce guide, ainsi que les services d’accompagnement en ligne qui y sont associés, fut conçu afin de répondre à ce besoin. Fruit d’une collaboration entre les Fondations communautaires du Canada, les Fondations philanthropiques Canada et Purpose Capital, cette banque de ressources reflète les réalités auxquelles sont confrontées les fondations ainsi que les investisseurs d’impact à tous les jours.

Dans l’ensemble, ce initiative a pour but de mieux servir une vaste gamme de fondations canadiennes afin qu’elles puissent faire des choix éclairés et investir dans des projets qui reflètent ses valeurs. En adoptant une telle démarche, ces fondations se joindront au rang d’une communauté philanthropique internationale qui a déjà fait de grands progrès en matière d’investissements réalisés conformément à leur mission.

Pour conclure, nous espérons qu’en fournissant des stratégies novatrices aux acteurs œuvrant au cœur du milieu philanthropique, ceux-ci pourront apprendre des erreurs du passé et travailler ensemble afin de s’attaquer directement aux problèmes complexes du XXIe siècle. Si nos efforts collectifs portent fruit, le potentiel sera immense en ce qui a trait à la collaboration intersectorielle entre les fondations canadiennes ainsi qu’aux perspectives d’avenir que ces partenariats pourraient mettre en marche.   

Jonathan Glencross, directeur, Purpose Capital

Auteur principal, Guide à l’intention des fondations en matière d’investissement d’impact

À propos

Réflexions : L’investissement d’impact au point de basculement


Nous sommes aujourd’hui à un point de basculement en ce qui a trait à l’investissement d’impact au Canada. De plus en plus de fondations emploient ce genre d’investissement pour soutenir des organismes qui partagent une mission semblable à la leur. Les fondations investissent notamment dans la durabilité agroalimentaire, les énergies renouvelables, la recherche en matière de changements climatiques, le logement social, etc. — tout en entraînant un rendement financier.

Bon nombre de fondations pionnières dans ce secteur — qu’elles soient communautaires, familiales ou indépendantes — sont aujourd’hui bien avancées dans leurs démarches et leurs stratégies. Elles ont su intégrer l’investissement d’impact au sein de leur culture organisationnelle. De plus, ces fondations ont partagé leurs parcours, appris de leurs expériences, fait plusieurs essais et réinvesti dans le milieu. Cette première vague d’adeptes précoces a fait en sorte que la voie est maintenant ouverte à de nombreux organismes qui eux aussi cherchent à innover.  

Il est à noter que les 10 000 fondations de bienfaisance (publiques et privées) qui œuvrent au Canada, avec des actifs totalisant près de 40 milliards de dollars, ont tout pour devenir des acteurs clés en matière de création d’entreprises à vocation sociale au pays. De fait, un nombre croissant d’organismes consacrent maintenant entre 5 % à 10 % de leur portefeuille à de tels placements. Et le marché ne fait que croître.  

Alors, pourquoi l’investissement d’impact?

L’investissement d’impact va de pair avec l’octroi de subventions et leur impact lié à la mission. Grâce à ce genre de placement, les organismes de bienfaisance peuvent entraîner des retombées sociales et environnementales, tout en assurant des bénéfices financiers. Il y a divers avantages à cette approche, tels que le fait qu’une dotation de fondation peut, notamment :

  • appuyer divers entrepreneurs opérant à petite échelle
  • faire augmenter la valeur boursière de projets axés sur l’infrastructure sociale, urbaine et verte (exemple: les logements abordables) dont nos communautés ont si grandement besoin
  • soutenir financièrement les œuvres de bienfaisance (répondre à leurs besoins de capital, de liquidité, etc.)
  • encourager un changement de culture vers l’énergie renouvelable
  • travailler sur des projets de grande envergure et à plus long terme

Ces fondations canadiennes qui investissent en tenant compte des retombées

L’industrie de l’investissement d’impact ne fait qu’accroître depuis les dix dernières années. Voici quelques exemples de ce que cela veut dire concrètement.  

Avec comme point de départ l’idée de consacrer 3 % de ses actifs aux investissements d’impact, la Fondation Lawson a su développer un portefeuille de placements importants, y compris l’achat d’une obligation communautaire auprès d’Innovation Works, cette compagnie (basée à London, en Ontario) qui offre des espaces de travail partagés pour appuyer de nombreux organismes de bienfaisance et entreprises sociales. Puis, la Fondation communautaire d’Ottawa soutient le logement social dans plusieurs villes canadiennes grâce à un investissement d’un million de dollars auprès du New Market Fund et à son engagement équivalent auprès du Fonds de progrès communautaire (initiative qui favorise le développement des organismes de bienfaisance en facilitant l’accès aux prêts).

De plus, la Edmonton Community Foundation a collaboré avec la ville d’Edmonton afin de créer le Social Enterprise Fund, initiative qui a déjà déboursé plus de quarante prêts à travers la province albertaine. La fondation a récemment rendu 10 millions de dollars accessibles par le biais du Community Development Corporation (qu’elle a conçue et qu’elle dirige maintenant en partenariat). Cette initiative promeut le développement de nouveaux logements, la génération d’emplois et la revitalisation de quartiers dans certaines zones ciblées de la ville.

Combler l’écart

Il est vrai que la vaste majorité des fondations se retrouvent encore à la case départ en ce qui a trait à l’investissement d’impact. Une étude récente, publiée par Fondations communautaires du Canada, indique que seulement quelques-unes des 191 fondations communautaires qui opèrent au Canada tirent profit d’une stratégie de placements à impact. Cependant, le rapport a aussi démontré que parmi tous les organismes qui manquent à l’appel, un tiers de ceux-ci espère changer de cap au cours des deux prochaines années.  

Dans la dernière année, Fondations communautaires du Canada, Fondations philanthropiques Canada et Purpose Capital ont collaboré afin de répondre à une demande accrue pour des ressources axées sur les réalités auxquelles sont confrontées les fondations et les investisseurs d’impact à tous les jours. Le résultat? Le Guide à l’intention des fondations en matière d’investissement d’impact. Ce guide, adapté au milieu philanthropique canadien, a pour but de venir en aide aux organismes qui sont prêts à se lancer, à en apprendre davantage sur le milieu, ou encore à mettre au point des stratégies novatrices pour investir autrement.

En outre, ce partenariat entre nos trois organismes vise à combler une lacune importante, soit le manque d’encadrement individuel et adapté. Les fondations les plus prospères de la première vague, ces adeptes précoces, ont su travailler avec des experts et des conseillers dans le but de bien formuler des stratégies d’investissement. À titre d’exemple, Purpose Capital a conseillé plusieurs chefs de file dans le milieu, tels que la Hamilton Community Foundation, la Fondation McConnell, la Fondation Inspirit, parmi tant d’autres.

Au fur et à mesure que les fondations se lancent en investissement d’impact, elles ajustent aussi leurs besoins en matière de personnel et de gouvernance, tout en créant une nouvelle culture organisationnelle. Cependant, plusieurs d’entre elles n’ont pas les moyens de faire venir des experts de l’extérieur pour faciliter cette transition. C’est pourquoi Purpose Capital est en train de rendre une bonne partie de son savoir et de son expérience (acquis au cours des dernières années) accessibles au public, et surtout aux personnes qui veulent utiliser le guide. Ensemble, les trois organismes partenaires ont passé la dernière année à mener des sondages, des entrevues ainsi que des groupes de discussions afin de produire un guide des plus pratiques possible. Également, des services d’accompagnement et de conseil adaptés seront disponibles pour les fondations à un tarif préférentiel.

Ce nouveau guide comblera l’écart informationnel qui persiste toujours dans le milieu des fondations. Nous espérons qu’il aidera et autonomisera la prochaine vague d’investisseurs d’impact au Canada et contribuera à l’élan qui se manifeste dans le secteur. Nous devons absolument aller — et basculer — de l’avant, car l’investissement d’impact ne fait qu’enrichir la communauté philanthropique canadienne et élargir la discussion plus globale en matière de changement social au Canada.

Alors que nous nous concentrons sur des objectifs de plus en plus complexes, comme les Objectifs de développement durable, il est impératif de mobiliser nos ressources autant que possible. L’investissement d’impact peut devenir un outil important qui nous aidera à atteindre nos objectifs sociaux et environnementaux, et ce, de manière interdisciplinaire. Enfin, dans un monde en pleine évolution, où les œuvres de bienfaisance participent au marché en tirant des revenus et en s’endettant, où les entreprises sociales prennent leur envol, les fondations se doivent de transformer leurs cultures, leurs pratiques et leurs pouvoirs afin de bien se positionner pour l’avenir.

Écrit par Hilary Pearson (présidente, Fondations philanthropiques Canada) et Sara Lyons (vice-présidente, Fondations communautaires du Canada).